Tafsut n Imazighen (Le Printemps berbère) | Kabylie && Tamazgha

Tafsut n Imazighen (Le Printemps berbère)

Le printemps de tous les espoirs

Le Printemps 1980 a été un tournant décisif pour la revendication amazighe en Kabylie. Si jusque là le régime algérien, bâti par le dictateur Boumédiène et son équipe issue principalement de l’armée des frontières et des officiers algériens de l’armée française ayant rejoint le FLN en 1960-61, a muselé la Kabylie et a systématiquement réprimé Tamazight, le Printemps 1980 est venu « bouleverser » la situation en Kabylie : il a ouvert la voie de la protestation populaire. Ainsi, pour la première fois, sous le régime arabo-musulman d’Alger, les Kabyles sont sortis massivement dans les rues de la Kabylie pour dénoncer le régime et crier haut et fort leur ral-le-bol. Pour la première fois, ils ont dit publiquement et massivement non à l’arabisation et ont affirmé leur amazighité qu’ils sont décidé à défendre.

Si le Printemps 1980 avait ouvert les voies de la protestation en Kabylie, c’est par ailleurs l’ensemble de Tamazgha à qui cette révolte kabyle avait bénéficié. Le vent de la liberté avait donc commencé à souffler.

Pour en arriver là il a fallu des années de travail, de sensibilisation et de combat sur divers fronts. Il a fallu des actions comme celle de Haroun et ses camarades en Kabylie et dans l’Algérois ; celles de Bessaoud et ses amis à Paris ou celle plus culturaliste et universitaire de Mouloud Mammeri et nombre de jeunes étudiants kabyles notamment à l’Université d’Alger. Il a fallu également l’action de certains artistes (poètes, chanteurs, …). Tout ce monde avait contribué d’une manière ou d’une autre à faire vivre tamazight et surtout à résister au rouleau compresseur de l’arabo-islamisme ayant programmé l’assimilation des Imazighen et l’éradication de Tamazight.

Mais le rôle de l’Université de Tizi-Ouzou a été tout de même déterminant dans le déclenchement de la révolte d’avril 1980 qui a coûté cher au régime algérien.

Nombreux étaient les collaborateurs de Boumédiene, en 1978, à dire que l’ouverture d’une université en Kabylie ne pouvait être qu’une bombe à retardement. Ils n’ont pas eu totalement tord puisque deux ans après l’ouverture de cette université, cette dernière fait descendre toute la Kabylie dans la rue pour défier le pouvoir en place.

En effet, l’Université de Tizi-Ouzou avait permis à bon nombre d’étudiants kabyles de se retrouver et surtout de mener une réflexion commune quant à leur existence et celle de leurs identité, culture et langue. La première chose à laquelle les étudiants kabyles de l’époque se sont attaqué c’est la récupération du pouvoir au sein de l’Université. Ils ont mené un combat pour leur autonomie ; pour l’autonomie de gestion des affaires de l’université qui sont avant tout leurs affaires. Une lutte acharnée s’est engagée entre eux et l’administration dépendant directement du FLN et de ses organisations de masse s’est très vite instaurée à Tizi-Ouzou. Les étudiants voulaient jouir d’une autonomie dans la gestion des affaires de l’Université. Ainsi, par exemple, pour l’animation culturelle, les étudiants voulaient que cette tâche leur revienne et que de toute façon la démocratie doit s’instaurer : les étudiants doivent décider en toute démocratie quant à leurs représentants et sur le contenu et la nature des activités à organiser. Et c’est ainsi que les étudiants, malgré qu’ils n’avaient pas pu se doter de la souveraineté souhaitée pour prendre leurs affaires en main, arrivaient à faire passer et imposer un certain nombre de choses.

Bref, les autorités algériennes étaient embarrassées par cette affaire et elles avaient du mal à contrôler cette volonté kabyle décidée à bouleverser l’ordre « établi ». C’est ainsi que très vite des activités ayant trait à la question berbère ont été programmées par les étudiants.

En 1980 sortait l’ouvrage « Poèmes kabyles anciens » de Mouloud Mammeri en France. Les étudiants de Tizi-Ouzou avaient prétexté de cette parution pour inviter Mouloud Mammeri à l’Université dans le but d’animer une conférence sur la poésie kabyle. Après moult négociations, les étudiants avaient réussi à programmer la conférence pour le 10 mars 1980.

Les autorités algériennes voulaient à tout prix faire en sorte que l’activité n’ait pas lieu : il n’était pas question que les étudiants rencontrent Mouloud Mammeri. La sécurité militaire (S. M.) n’était pas dupe et imaginait bien ce que ce genre d’activités pouvait engendrer. Ils savaient que la poésie n’était qu’un prétexte pour instaurer un débat qui n’est pas le bienvenu pour eux.

Un bras de fer s’était alors instauré entre les étudiants kabyles et les autorités algériennes. N’ayant pas pu dissuader les étudiants ayant maintenu la programmation de la conférence, les autorités algériennes passent à la vitesse supérieure, après les intimidations et les différentes méthodes policières, et empêchent Mouloud Mammeri d’atteindre l’enceinte universitaire ce 10 mars 1980. Il fut intercepté à l’entrée de la ville de Tizi-Ouzou, conduit chez le wali (préfet) et fut invité à faire demi-tour et, surtout, ne pas tenir la conférence.

C’est la goutte qui a du faire déborder le vase. Et la voie est ouverte aux étudiants qui n’avaient pas hésité à déclencher les hostilités. Il a fallu cela pour que les étudiants passent, eux aussi, à une autre vitesse.

La détermination des étudiants à tenir cette conférence et celle des autorités à mettre une limite à cette « agitation » qui remet leur système en cause a fait que la tension n’a cessé de monter et chaque jour qui passe c’est un pas vers le clash entre les deux parties.

Pour comprendre la genèse de cette révolte qui a bouleversé -sans en en finir- l’ordre politique algérien et a donné un bol d’oxygène à l’ensemble des Imazighen et des Kabyles en particulier, il n’est pas inutile de savoir ce qui s’est passé jour pour jour lors de ce Printemps 1980.

Rachid Chaker nous a laissé l’un des rares écrits traitant de cette période. Etant un des acteurs de cette révolte (il fut enseignant en économie à l’Université de Tizi-Ouzou), il avait tenu un Journal et chaque jour, du mars à juin, il notait l’essentiel des évènements qui avaient marqué aussi bien la Kabylie que l’Algérois qui était dans une certaine mesure impliqué dans cette révolte de 1980.

Nous proposons à nos internautes de publier ce Journal. Ainsi, chaque jour nous publierons ce qui s’est passé de plus important en Kabylie et à Alger.

Un dossier sera dédié au Printemps 1980 « Tafsut n Imazighen ». Nous y reproduirons essentiellement le numéro spécial de la revue de Tamazgha « Imazighen ASS-A » paru en avril 2000.

Nous essayerons, ainsi, de mettre à la disposition des internautes des éléments de compréhension de la genèse du déclenchement de Tafsut n Imazighen qui a joué un rôle déterminant dans l’évolution de la question amazighe.

Ufrin.

Chronologie des évènements d’avril 1980 en Kabylie:

Du 27 mai au 1er juin

Evènements de 1980 en Kabylie

Mardi 27 mai 1980.

A Alger, la situation s’est aggravée depuis quelques jours, elle ne fait que se dégrader avec d’abord des provocations de la part de groupes dits « baasistes », vis-à-vis des groupes se réclamant du « mouvement de Tizi-Ouzou », car ces derniers poursuivent la grève et exigent la libération de tous les détenus. Ensuite, ce sont les « frères musulmans » qui ont attaqué les éléments de l’UNJA ( »volontaires »). Des bagarres à coups de hache et de couteau ont fait plusieurs blessés très graves, dont certains « mutilés à vie » selon El Moudjahid. Les points chauds sont Alger-centre, et surtout Bab Ezzouar et Ben-Aknoun.

A Ben-Aknoun, le matin, on relève des heurts violents à la cité de garçons et à la faculté de droit (à la cité, trois semaines auparavant, de véritables tribunaux livraient à la gendarmerie les étudiants originaires de Kabylie !). L’après-midi, un commando d’environ cent cinquante jeunes, essentiellement de l’UNJA, armés de couteaux et de barres de fer, tente de se faire justice à l’intérieur de la faculté de droit, en voulant désarmer les intégristes, ils sont refoulés et pourchassés par la police ainsi que par les frères musulmans ; ils se réfugient alors à l’intérieur de la cité de jeunes filles et aussi à l’Institut linguistique. Initialement, ils cherchent à descendre sur la faculté centrale, mais après négociations avec les responsables de la police (directeur de la sûreté nationale), ils essaient de poser trois conditions pour rendre les armes :
1) désarmer les frères musulmans ;
2) désarmer les mosquées ;
3) libérer les détenus.

Plus tard, vers 17 h 30, ils sont autorisés à descendre grâce aux cars de la cité de jeunes filles jusqu’au restaurant Amirouche, pour y attendre les résultats d’une délégation qu’ils ont envoyé (au ministère de l’intérieur ?).

Mercredi 28 mai 1980.

A la Faculté centrale, désormais les policiers fouillent tout le monde, sans exclure les frères musulmans comme précédemment.

La situation est redevenue un peu plus calme. Certains étudiants parlaient de reprise des cours, bien sûr pas dans l’immédiat…

A Tizi-Ouzou, le ministre Bererhi annonce sa visite pour le samedi 31 mai après-midi. A Alger, les gens se réclamant du « mouvement de Tizi-Ouzou » ont tendance à se méfier de la manoeuvre des syndicalistes « pagsistes » qui lancent tardivement des « appels du pied » pour lutter contre les « fascistes », alors que, notamment au niveau des détenus, ils ont eu un comportement plus que douteux. Ils appellent à une AG des enseignants et travailleurs des universités, sous l’égide de la FTEC, le 1er juin, à la maison du peuple à Alger, afin de contre-attaquer face aux intégristes.

Jeudi 29 mai 1980.

A Tizi-Ouzou, on apprend que Mérabtène, directeur du COUS a été « rappelé au ministère » pour y occuper d’autres fonctions. A Alger, le ministre parle devant cinq mille étudiants en plein air à Bab Ezzouar et réussit à ramener un peu de calme. Les informations en provenance de France confirment la prise du pouvoir par une « junte militaire » et incitent à une certaine prudence.

Vendredi 30 mai 1980.

A Tizi-Ouzou, la situation est à peu près calme, mais des incertitudes demeurent quant à la venue du ministre Bererhi ; certains en doutent en raison du climat général.

Il se confirme que le recteur et le secrétaire général de l’Université jouent un double jeu, puisqu’ils étaient au courant de l’assaut du 20 avril, dès la veille le 19, en outre, ils s’en sont réjouis publiquement.

Samedi 31 mai 1980.

Dans la matinée, à Tizi-Ouzou, on met en place les drapeaux pour accueillir Bererhi. l’après-midi, l’assemblée générale débute vers 15 heures, en présence de plus de deux cent personnes (étudiants, enseignants, travailleurs,…). Le ministre fait un long « discours-compas sion » où il renvoie dos à dos tous les auteurs de violence d’où qu’ils viennent, citant tour à tour « les gauchistes, les baasistes, les frères musulmans » et… évitant soigneusement d’impliquer les forces de l’ordre. Une nouvelle fois il déclare le dialogue « réouvert » mais sans apporter aucune preuve concrète de sa bonne volonté : ni libération de détenus, ni restauration de la chaire berbère à Alger par exemple. Il ne fait aucun « geste » sensible, alors que la communauté universitaire de Tizi-Ouzou a fait preuve de sa bonne volonté en votant la reprise.

En revanche, le ministre fait beaucoup de promesses dites « techniques » sur différents détails (maintien des bourses, avances, sursis pour le service national, etc.). Sur le fond (détenus, culture, démocratisation) il ne s’engage qu’à rapporter fidèlement les préoccupations des universitaires à la direction politique qui ouvrira les débats sur la culture et sur l’information. En fait, il s’agit d’une réédition, avec peut-être plus de subtilité, de la séance précédente du 14 avril. En revanche, Stambouli (directeur de l’Institut des lettres) s’est véritablement mis en vedette (il briguerait un poste de wali ou de ministre) en lisant un long rapport général des commissions de l’université (papier assez bien agencé) où il est fait référence aux orientations du président Chadly ; mais assez sarcastique et critique sur beaucoup de points, par exemple vis-à-vis de la presse, etc. Au cours de l’A.G., il a aussi été confirmé qu’initialement il y avait une liste de quarante et un inculpés (dont certains par contumace) qui a été ramené à vingt quatre seulement.

Il y a eu également au cours de cette AG une intervention du représentant du SNESUP dans le plus pur style « pagsiste », où il a condamné El Moudjahid qui a accordé deux pages entières au « fascistes » H. Bourouiba, alors que l’hebdomadaire progressiste Algérie Actualité a accordé une attention positive aux événements de Tizi-Ouzou, et de l’université d’Alger.

Interrogé sur l’exclusive du syndicat à l’égard du syndicaliste de Tizi-Ouzou arrêté, il a promis que le syndicat s’occuperait des autres universitaires en demandant la liste des noms.

On apprend par ailleurs que Boudiaf aurait écrit au chef de l’Etat pour lui demander la clémence à l’égard des détenus. Il apparaît aussi que Taleb et Benhammouda seraient les chefs de file de la tendance baasiste au sein du pouvoir.

Dimanche 1er juin 1980.

Officiellement les cours ont repris à Tizi-Ouzou. En fait, seuls 20 à 25 des étudiants sont effectivement présents dans les amphis et les salles de T.D. S’agirait-il d’un problème d’information vis-à-vis des nombreux étudiants restés dans leurs villages ?

L’ex-directeur du COUS Merabtène tente de refaire surface en faisant pression sur les employés pour qu’ils signent une pétition en sa faveur.

Du 23 au 26 mai

Evènements de 1980 en Kabylie

Vendredi 23 mai 1980.

Il semble bien que depuis près de deux mois le stade de Tizi-Ouzou n’est pas vu évoluer l’équipe de la JET, car le terrain est victime d’une véritable suspension afin d’éviter les manifestations de spectateurs (quinze à vingt-mille places). Néanmoins, en demi-finale au stade du 5 juillet, les supporters de la JET brandissaient des emblèmes jaunes et rouges avec les inscriptions « jeunesse sportive de Kabylie », en caractères latins, ainsi que des inscriptions en tifinagh. Ils ont également scandé : « Libérez les détenus ».

Par ailleurs, certaines rumeurs parlent de plusieurs nouvelles arrestations à Alger lors de la manifestation du 19 mai.

Samedi 24 mai 1980.

Les informations en provenance de Tizi-Ouzou font état du maintien de plusieurs fourgons de police antiémeutes à l’entrée de la ville. L’université est en principe toujours en grève, mais une assemblée générale prévue pour le dimanche doit statuer sur la reprise.

En revanche, à Alger, d’importantes forces de police cernaient la faculté centrale et tentaient d’empêcher une assemblée des grévistes. La police commence même à demander les cartes d’étudiants et à fouiller les personnes. La grève est à présent générale. Bab Ezzouar est également en grève et il y a des bagarres sanglantes à coups de hâches. En fait à la faculté centrale, rue Didouche, un commando d’une trentaine d’intégristes arabisants a tenté de semer la terreur, ils ont finalement reculé devant la détermination des grévistes. Tout le monde à présent réclame la libération de tous les détenus. A Bab Ezzouar, les étudiants grévistes auraient réussi à faire venir en renfort les ouvriers de la DNC face aux intégristes.

Dimanche 25 mai 1980.

La conférence pédagogique nationale qui devait pour les juristes se tenir le 29 mai à Tizi-Ouzou, est fixée finalement à Alger. En fait aucune conférence pédagogique ne pourra se tenir sérieusement, faute de préparation. La faculté centrale d’Alger est en réalité fermée peu à peu ; les policiers fouillent tout le monde sauf les intégristes « frères musulmans » qui entrent armés. A Bab Ezzouar, les enseignants déclarent qu’ils ne peuvent enseigner dans le climat de violence instauré par les commandos de frères musulmans. On apprend qu’à Tizi-Ouzou, le principe de reprise des cours a été voté.

Lundi 26 mai 1980.

A Tizi-Ouzou, effectivement, les étudiants ont globalement décidé la reprise des cours et constitué des commissions pour animer la continuation du mouvement.
Commission 1 : Libération des détenus.
Commission II : Animation culturelle (berbère).
Commission III : Démocratisation de l’université.

Les étudiants et enseignants se sont réunis par instituts et ont discuté des modalités respectives de reprise de cours et de validation du semestre. En fait, l’atmosphère est à la fois à la détente et à la fermeté de la part non seulement de la communauté universitaire, où bizarrement tout le monde est dans le coup (y compris Mostefaoui, Arab, Stambouli, etc.), mais même de la part de toute la population.

A Alger, les grandes AG et meetings annoncés à grand renfort de tracts dramatiques (contre le fascisme intégriste) par l’UNJA/CNE et par la FTEC/SNESUP tournent à l’échec, en raison notamment de leur attitude « sectaire » puisqu’ils ne réclament pas la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus, mais seulement de ceux dont les « liens à l’impérialisme » ne sont pas prouvés !

Le 22 mai

Evènements de 1980 en Kabylie

Jeudi 22 mai 1980.

On confirme que Ghezali Ahmed Ali joue bien le rôle de super-wali en Kabylie. Par ailleurs, Ferhat, du groupe Imazighen Imoula et les quatre chanteurs du groupe « Yougourthen » ont été relâchés.

Des rumeurs contradictoires font état de la reprise des cours à Tizi, pour le samedi 24. Par ailleurs, tout le monde pense que, parmi les gens relâchés, figurent des gens « retournés » ou des appâts. On apprend par Algérie-Actualité, qu’en avril 1980, les grossistes avaient tentés d’organiser une grève des commerçants à Oran.

Par rapport aux arrestations, beaucoup de personnes confirment que c’est la police (renseignements généraux) qui a le plus fait subir de civismes corporels (tortures, etc.), la Sécurité militaire aurait utilisé seulement la psychologie et se serait comportée correctement.

Par ailleurs, à la Faculté Centrale d’Alger-Centre, une forte délégation musclée de « frères musulmans » ou de « baasistes » ( ?) a tenté vainement de provoquer les francisants-grévistes. Le groupe minoritaire a promis de revenir en force samedi. La police entourait l’Université, sur un plan général, le pouvoir fait tout un tapage démagogique sur le « programme anti-pénuries » destiné à calmer la population. Des mesures ont été prises en faveur des tarifs de taxis, en faveur des petits commerçants, des cadres, ect. On a même versé certaines primes supplémentaires dans les usines !

On donne aux gens comme Bencherif, Allag, Attaïlia comme les hommes forts du moment. Bélaïd Abdessiam se serait heurté à Taleb et Benhammouda en dénonçant la répression… En ce qui concerne les heurts à l’Université d’Alger-Centre, les étudiants attendaient vers midi l’intervention du wali d’Alger.

D’autre part, les médecins de l’hôpital Mustapha se seraient mis en grève (les résidents ?) le mercredi 21 aprèsmidi et le jeudi 22. Les médecins réclamaient notamment la libération des médecins de Tizi-Ouzou détenus et la création d’une organisation autonome.

Le matin à la faculté de Droit de Ben-Aknoun, il y a eu d’importantes bagarres entre certains arabisants et certains francisants, alors que la faculté était encerclée par la police .

On note aussi des fouilles de voitures et des relevés d’identités sous prétexte de campagne d’assainissement qui serait réactivée et ce dans tout l’Algérois.

Par ailleurs, sur les murs de la faculté à Alger-Centre, les étudiants ont affiché les biographies de la plupart des vingt-quatre détenus afin d’informer les gens sur les personnes que l’on présente comme de dangereux subversifs !

Les 20 et 21 mai

Evènements de 1980 en Kabylie

Mardi 20 mai 1980.

On apprend en fait que la grève générale en Kabylie a démarré le dimanche après-midi (18 mai avec la fermeture de magasins et la tentative isolée de réaliser des manifestations de rue). Le lundi la grève s’est généralisée à toute la région avec notamment les deux grandes usines : Sonelec et Sonitex. Certains enseignants recherchés et en fuite seraient réapparus au centre universitaire de Tizi-Ouzou, où le wali (et le ministre) auraient donné des assurances quant à la cessation de toute poursuite. En fait l’AG tenue le dimanche au centre universitaire s’est déroulée en présence du recteur Arab, du secrétaire général, etc., qui se sont en apparence solidarisés avec le mouvement de la Communauté universitaire, exigeant eux aussi la libération des détenus, etc. Il y avait trois cent étudiants environ, tous les enseignants sauf deux ou trois. On signal que la grève générale se poursuivrait le mardi dans certaines localités (Azazga…).

A Alger, la faculté centrale a connu une certaine animation culturelle avec notamment une pièce de théâtre jouée en plein air par les étudiants grévistes, etc. (en arabe dialectal). On relève aussi un incident avec la police qui, la nuit, a embarqué discrètement le matériel audiovisuel (en fait des mégaphones) des étudiants grévistes, après avoir menacé de mesures de rétorsion ; les étudiants réussissent à récupérer leur matériel après que le recteur eut envoyé discrètement une camionnette le chercher !

En Kabylie, Ghezali Ahmed Ali ferait une campagne insidieuse destinée notamment à monter les marabouts contre les Kabyles.

Mercredi 21 mai 1980.

Le tract du SNESUP d’Alger, daté du 19 mai, confirme qu’ils revendiquent (et ne prennent un avocat) que pour le secrétaire général du syndicat de Tizi-Ouzou. Des bruits persistants prétendent que la réouverture (et la reprise surtout) de Tizi-Ouzou a été négociée par les étudiants (et enseignants) de Tizi et le ministre Bererhi qui leur a donné des assurances quant à la libération prochaine des tout le monde.

On confirme la libération de tous les enseignants de Tizi sauf un (le syndicaliste). En revanche, à Alger, la grève s’étend de plus en plus, y compris à Bab-Ezzouar et au Carroubier semble-t-il.

On note que les premiers petits incidents ont failli dégénérer à la Faculté centrale entre grévistes et non-grévistes (essentiellement des « baasistes » au sujet du passage d’une pièce de thé,tre dans la cour du bâtiment Omar Racim). L’UNJA, quant à elle, rend compte d’une délégation reçue à la présidence par Benhabyles qui leur a déclaré que « la justice sera respectée » et que « l’enseignement du Berbère n’est pas possible dans l’immédiat » (sic), on annonce que des provocations sont prévues pour le lendemain par le groupe des « frères musulmans » (Le jeudi 22).

Du 16 au 19 mai

Evènements de 1980 en Kabylie

Vendredi 16 mai 1980.

A 13 heures Radio-Alger annonce la liste des vingt-quatre détenus qui doivent passer devant la cour de sûreté de l’Etat à Médéa. Beaucoup des noms attendus ne figurent pas, par contre les noms inattendus y figurent. L’inquiétude persiste quand on sait que certains ne se situant pas dans cette liste n’ont pas été relâchés non plus. A nouveau, on interprète ce geste comme une tentative de réponse des autorités à la journée du 12 mai, qui a été un cuisant désaveu pour le pouvoir. Des bruits prétendent en même temps que la réouverture du centre de Tizi-Ouzou aurait été négociée secrètement par une délégation d’étudiants et d’enseignants de Tizi-Ouzou, venue voir le ministre.

Samedi 17 mai 1980.

El Moudjahid publie la liste des vingt-quatre détenus officiellement inculpés. Effectivement quatre enseignants ? non encore libérés à cette date, n’y figurent pas et c’est ce qui étonne.

Aucun mot sur les gens en fuite. Sur les vingt-quatre on dénombre notamment six ou sept médecins et personnel hospitalier, un enseignant de Tizi-Ouzou (deux médecins enseignants vacataires…) cinq étudiants de Tizi-Ouzou, deux étudiants d’Alger, un technicien de la Sonelec, un laborantin de l’université de Tizi-Ouzou, un technicien de Beni-Douala et un infirmier de Dellys. Néanmoins, il est difficile de connaître le profil de cinq ou six d’entre eux. A Alger-Centre, un meeting se tient dès 13 heures ; il décide de reprendre la grève illimitée dès le dimanche 18 jusqu’à la libération inconditionnelle de tous les détenus avec refus de prendre en considération les étiquettes apposées (réelles ou supposées).

En Kabylie, un mot d’ordre de grève générale circule pour le lendemain 18 mai.

Dimanche 18 mai.

Le comité mixte provisoire (AG des étudiants-enseignants travailleurs et UNJA ?) d’Alger aurait envoyé une délégation à la présidence de la République. Par ailleurs, on nous confirme l’interpellation de quelques nouvelles personnes par la police (SM) à Alger.

On parle de la libération imminente de certains enseignants. Des rumeurs de plus en plus persistantes font état d’un coup d’Etat « à blanc » ou « rampant » grâce auquel Chadli et quatre ou cinq officiers auraient pris tous les pouvoirs (Merbah, Allag, Benchérif… ?).

A Alger-Centre, la grève est totale en sciences éco et en Langues étrangères, ailleurs elle se généralise peu à peu (Sciences sociales. Droit…). Du côté du SNESUP, on apprend qu’ils exigent seulement la libération du secrétaire générale de la section syndicale de Tizi-Ouzou pour lequel ils comptent faire des démarches (ils le confirmeront par tract…).

En Kabylie la grève générale démarre rapidement et l’après-midi tous les commerces, bureaux, usines, etc., sont fermés.

Lundi 19 mai 1980.

A l’occasion de la « fête de l’étudiant », Bererhi, accompagné de Messaadia et de Djamel Houhou, s’est fait huer aux cris « libérez les détenus », « démocratie ! », « à bas la répression », alors qu’il allait déposer une gerbe de fleurs à la plaque commémorative de la faculté centrale. Aucun reportage sérieux, ni photos, le lendemain dans le journal.

A 13 h 30, c’est la surprise, car sans prévenir longtemps à l’avance, près de deux mille étudiants amassés en meeting devant la B.H. d’Alger, réussissent à sortir dans la rue en criant des slogans pour la libération des détenus, contre la répression et pour la culture berbère. Bien organisés, ils se dirigent en trois groupes, l’un arrive jusqu’à la place Abdeikader, l’autre dans la rue Abane Ramdane et le troisième réussit un début de meeting place des martyres et près du lycée Abdeikader. Une de leur banderole portait : « sufeght-ed 24 imehbas » – « libérezles 24 détenus ! »

La police semble bien avoir été prise de cours, réagissant avec 30 minutes de retard, elle réprime violemment les manifestants et boucle l’université d’Alger ne permettant plus d’y entrer mais seulement d’en sortir.

La presse française fait état de la grève générale en Kabylie commencée la veille et largement suivie. Le soir à 22 heures locales, France-Inter fait également état de la décision des étudiants de Tizi-Ouzou réunis en assemblée générale, de poursuivre la grève jusqu’à la libération totale des vingt-quatre détenus et satisfaction de leurs revendications (notamment : enseignement de la langue berbère !).

Du 5 au 15 mai 1980.

  • Mardi 5 mai 1980.

On signale que les médecins arrêtés à Tixéraïne ont été relâchés. Par ailleurs, à Paris, des groupes d’ouvriers émigrés seraient prêts à s’armer et à « descendre au pays »

  • Jeudi 8 mai 1980.

A Tizi-Ouzou et en Kabylie, la situation est relativement calme, mais on recherche toujours activement les personnes « en fuite ».

A Alger, on nous signale l’arrestation secrète d’un étudiant de la faculté de droit. Le matin la commission d’enquête mixte se réunit et fait une tentative de bilan : les résultats sont assez moyens.

La communauté universitaire annonce qu’elle reprendra la grève s’il n’a pas d’éléments nouveaux positifs (concernant le sort des détenus, etc.), avant la semaine du 10 mai. Les étudiants ont tenté vainement de tenir une AG dans la Faculté centrale, le jeudi après-midi, on a fermé les portes.

  • Samedi 10 mai 1980.

A la fac. centrale d’Alger, un petit meeting commence à se tenir, mais il fait surtout les préparatifs pour une grande journée d’action anti-répression, prévue pour le lundi 12 mai. On confirme que certaines personnes ayant participé au mouvement de Tizi-Ouzou, actuellement en fuite, sont très activement recherchées.

  • Lundi 12 mai 1980.

A Alger-centre, (faculté rue Didouche), se déroule une journée massive de lutte anti-répression regroupant un millier d’étudiants de tous les instituts et en présence de gens de Tizi-Ouzou, dont certaines victimes de la répression (relâchés) qui témoignent.

En fait, les étudiants ne font en principe grève que durant cette journée, mais ils décident de reprendre la grève le samedi 417 s’il n’y a pas libération de tous les détenus. Selon tous les observateurs, la journée est réussie.

Toutefois, au début, l’exigence de libération est assortie initialement, et sans lien avec l’impérialisme. Cette position évoluera très vite positivement vers une exigence de libération totale !

Rabah Bitat, consulté par une délégation mixte (étudiants/enseignants), a déclaré ne rien savoir de la répression qui s’est déroulée à Tizi-Ouzou, et dit qu’il en informait le président. Les rumeurs persistent au sujet des multiples tentatives de démission de Bererhi.

  • Mardi 13 mai 1980

A Alger, El Moudjahid, annonce la réouverture de l’université de Tizi-Ouzou, le 17 mai. Auparavant, les administratifs avaient repris progressivement le travail à partir du 3 mai. Ce geste est interprété par un début de réponse au meeting d’Alger du 12 mai, face aux graves risques d’élargissement du mouvement à toutes les unités algériennes.

Chez les étudiants, certaines craintes et incertitudes quant à la suite du mouvement s’il y avait reprise, laissant rapidement place à l’espoir, puisque la réouverture de Tizi-Ouzou sera l’occasion de compter efficacement les absents… et de faire le point. Jeudi 15 mai 1980.

A Alger, El Moudjahid, annonce un véritable « réajustement » au sein du pouvoir, puisque le bureau politique (instance exécutive du FLN) est mis hors d’usage. Europe-1 commente cela en déclarant que, quinze mois après sa nomination, Chadli Bendjedid, concentre désormais presque tous les pouvoirs. On dit que c’est avec l’appui d’un petit groupe d’officiers, et ce, pour faire échec aux deux tendances (libéralisation, socialisation) renvoyées dos à dos.

A Alger, à la faculté centrale, on assiste à échec humiliant de la tentative de bal organisée par les gens de l’UNJA, dans la cour du bâtiment « Omar Racim » pour fêter le « 19 mai, jour de l’étudiant », alors que beaucoup croupissent dans les prisons.

Samedi 3 mai 1980

Samedi 3 mai 1980.

Il y aurait eu un numéro du Monde (non censuré) rapportant que le pouvoir envisageait l’ouverture de deux chaînes de Berbère, à Tizi-Ouzou et à Alger.

Entre le samedi 3 mai et le mercredi 7 mai, se tient à Alger la réunion du comité central du FLN. On note la présence ostensible sur les photos d’El Moudjahid, de A. Bouteflika. On nous montre aussi (alors que l’arabisation est à l’ordre du jour), A. Bencherif et beaucoup d’autres, revêtant leurs casques de traduction simultanée lorsque quelqu’un parle en arabe. A ce moment-là, il y a eu beaucoup de spéculations, mais peu d’informations sur ce qui se passait réellement. On a remarqué le « peu de présence » de Yahiaoui et d’AbdeIghani.

Dès le troisième jour, Belkacem Nabi est parti pour Taef en Arabie Saoudite, le quatrième jour, on apprenait que ce serait Chadli et Bitat qui iraient aux obsèques de Tito à Belgrade, le lendemain.

Quelques rumeurs font état de l’information selon laquelle ce serait Abdeighani qui aurait donné l’ordre de l’assaut à Tizi-Ouzou. En coulisses on en reconnaîtrait l’erreur.

On fait par ailleurs état de la décision concernant les investissements dans le tourisme pouvant aller jusqu’à deux cents lits.

Jeudi premier mai 1980

Jeudi 1er mai 1980.

A Alger, il n’y a pas cette année de défilé des travailleurs digne de ce nom. L’UGTA a organisé une prestation minable seulement en présence de M. Oumeziane, le ministre du travail (l’année précédente c’était Yahiaoui).

De 12 à 13 heures, manifestations des étudiants partis de la faculté centrale.

Du 21 au 28 avril 1980

Semaine du 21 au 28 avril 1980 (du lundi 21 au lundi 28)
- Alger.

La riposte tarde quelque peu à démarrer au niveau des étudiants et des enseignants d’Alger, en raison d’une part du manque d’informations précises et d’autres part du travail de sape de certains courants (essentiellement des « pagsistes »).
Meetings quotidiens se tiennent.

La grève générale est difficile à décréter et à maintenir, mais de fait ce sont tous les instituts qui sont peu à peu perturbés.

Dès le mardi 22 avril, on apprend la condamnation à de lourdes peines de gens d’Oued Amizour (W. de Béjaïa) qui auraient fait brûler un drapeau. El Moudjahid fait aussi état de deux blessés graves parmi les officiers de sécurité. Le jeudi 24 avril, l’AG des enseignants-étudiants et travailleurs tenue à Alger centre, contre l’avis du syndicat officiel, crée une commission mixte d’enquête qui dirigera un « appel aux autorités » (le syndicat de sciences économiques tirera un texte concurrent de mise en garde, au contenu stupide…).

Ce même jeudi à midi, la télévision a montré About Arezki « répondant aux questions des journalistes » en donnant une version très bizarre de son recrutement par Rachid Ali-Yahia. Le jeudi soir, la télévision passe au discours de Bererhi, très démagogue, qui fournit lui aussi une version très partiale des événements de Tizi-Ouzou, évoquant seulement les violences d’un étudiant étranger à l’égard des forces de l’ordre.

Le vendredi 25, on apprend qu’un étudiant d’Alger en sciences économiques a été arrêté le jeudi précédent, en plein amphithéâtre d’où des inspecteurs en civil sont venus lui demander de sortir.

Le samedi 26, le syndicat (SNESUP) de l’université d’Alger-centre sort un texte (flash d’information) tout à fait contestable dans lequel il tente de se donner le beau rôle et où il essaie d’introduire la distinction « liés à l’impérialisme » ou « non liés » parmi les détenus.

Par ailleurs, on apprend qu’une assemblée générale des médecins de l’Algérois s’est tenue sous l’égide de l’UMA, en présence de plus de cinq cents d’entre eux avec notamment un discours très apprécié de l’un d’entre eux, et la constitution d’une commission d’enquête, notamment au sujet de quatre ou cinq médecins de Tixéraïne arrêtés. On apprend également la constitution d’un collectif d’une dizaine d’avocats dont des noms connus, (Bouzida, Bentoumi, Issad, Abdennour Ali Yahia, etc.).

Au total, dans l’Algérois, il y aurait entre huit cents et mille interpellations dont seulement quelques-unes seront maintenues. La plupart étaient originaires de Kabylie.

En Kabylie, le samedi 26 avril, on apprend qu’il y a eu une réunion avec le wali, le CNP et le chef de secteur militaire, en présence de Ahmed Ali Ghezali qui va devenir rapidement un super-préfet en mission spéciale. Le commandant de l’ANP a été très dur vis-à-vis des responsables qui ont fui leur poste ! On parle aussi d’assemblées des anciens Moudjahidines. A Paris, une manifestation de protestation prévue pour le vendredi 25 avril, et qui était prête à regrouper dix mille personnes a été interdite – après avoir été autorisée – en dernière minute.

Néanmoins, plus de six cents personnes étaient présentes sur les lieux (devant l’ambassade) et ont été provoquées par une centaine d’agents de l’amicale. Tout le monde a été ramassé par la police fortement présente ; les porteurs de cartes de l’amicale ont été aussitôt relâchées, en revanche les autres ont été immédiatement conduits au centre de tri de Vincennes où ils ont tous été fichés. Une autre manifestation prévoyant un défilé à l’intérieur de la manifestation du 1er mai à Paris (comme les défilés de bretons, corses, etc.) a également été interdite par la préfecture de police de Paris.

Rapidement des comités de soutien aux victimes de la répression en Algérie et des comités de défense des droits culturels ont été organisés, intervenant auprès d’Amnesty internationale, de la Ligue internationale des Droits de l’Homme, de l’Association des Juristes démocrates, de l’OMS, de l’Unesco, etc. Des pétitions circulaient en faveur des détenus, dans les milieux intellectuels et universitaires français et des milliers de signatures ont été recueillies. Outre les premiers télégrammes de protestations signés : Vincent Monteil, Germaine Tillion, Haroun Tazieff, etc., un premier groupe d’avocats de l’AJD se verra, paraît-il, renvoyé d’Alger, sous prétexte que le procès n’était pas encore prévu.

Amnesty n’avait encore réussi à obtenir qu’un seul témoignage précis de torture ; ils seraient prêts à publier un livre blanc sur la question…

A propos de pétitions, les enseignants d’Alger se regroupent sur la base de textes différents : l’un émanant des « professeurs et maîtres de conférences », très modéré, signé par Benissad, Benachenou, Illoul, etc., l’autre signé plus massivement par les assistants et maîtres assistants, dans le cadre de la commission d’enquête (il s’agit de l’appel aux autorités).

Lundi 21, mardi 22, mercredi 23, jeudi 24 avril 1980.

Département de Tizi-Ouzou.

Lundi 21, mardi 22, mercredi 23, jeudi 24 avril 1980.
- Wilaya de Tizi-Ouzou.

A Alger bien entendu, la presse ne donne aucune information sérieuse sur ce qui se passe à Tizi-Ouzou, si ce n’est des commérages ridicules.

Les radios et surtout la presse est censurée et les radios se voient vite intimer l’ordre par le gouvernement français de « baisser le ton » en raison de la négociation sur le prix du gaz. En tout cas, dès le dimanche 20 avril dans la journée, une fois la prise d’assaut connue, toute la population s’est mise en grève, déambulant dans les rues de Tizi et commençant très rapidement à manifester. Les affrontements ont commencé très tôt. Très rapidement l’hôpital ne soigne plus les blessés civils qui doivent se faire évacuer tout seuls sur Alger. En outre des policiers circulent avec des listes parmi les blessés civils pour en « récupérer » certains. On parle de nombreux blessés graves chez la police et même de décès.

Une chose est certaine : c’est qu’il y a eu des salles spéciales fermées au public dans l’hôpital. Un exemple bien caractéristique de répression : un parent sort pour se rendre à la Wilaya ; il est aussitôt pris en chasse par un groupe de CNS ; tombé à terre, il se fracture l’avant-bras, mais les policiers lui lâchent les chiens qui lui « labourent le dos ». Arrêté, hurlant, il sera conduit jusqu’à la mairie, puis relâché et invité à quitter Tizi-Ouzou, puisque à l’hôpital il n’était pas possible de le soigner ; il a fallu qu’il arrive à Alger pour se faire soigner sérieusement.

Les lundi, mardi et mercredi, c’est une véritable guerre civile qui se déclenche dans toute la Kabylie (grande et petite). A Tizi-Ouzou, les forces de l’ordre ne circulent plus dans la ville déserte qu’en patrouille nombreuse (une douzaine) avec chiens et armes. La population civile, dès qu’elle les voit, leur jette pierres, bouteilles de gaz, huile bouillante, détritus, cocktails molotov et bombes artisanales. Inversement, la police dès qu’elle aperçoit des civils dans la rue les attaque à coups de grenades lacrymogènes et de chiens lâchés (souvent abattus à coups de fourche…) Les forces de l’ordre ont reçu beaucoup de compagnies en réserve, y compris des soldats de l’ANP (consignés dans quatre casernes).

L’hôpital de Tizi aurait été renforcé par des infirmiers descendus d’Aïn-El-Hammam. Tizi est rapidement isolée du reste de l’Algérie par le fait que les lignes de cars SNTV ont été supprimées suite à l’incendie d’un car et de la gare routière ; ceci est sans aucun doute le résultat d’une provocation de la police désireuse d’empêcher les gens de se rendre à Alger pour manifester [Tamazgha.fr et Tamazgha.fr

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